Toto Riina
Toto Riina
Ce n'est plus Toto Riina qui dirige la mafia. Le nouveau boss s'appelle Bernardo Provenzano, condamné par contumace depuis 40 ans, un homme qui n'a jamais fait de quartier. Falcone le définissait comme l'un des « êtres les plus sanguinaires » de Cosa Nostra.
Provenzano a démontré qu'il était aussi un fin politique. Le procureur général anti-mafia, Bruno Siclari, a dit : "Il est aggresif, arrogant, vindicatif, brutal, prudent : grâce à lui, la mafia a renoué avec les politiciens."
C'est Provenzano qui a déclenché la première guerre de mafia vers la fin des années 70. Le bilan, deux mille morts entre mafiosi, politiciens, femmes, enfants, magistrats.

Le parrain de Cosa Nostra continue sa cavale

En cavale depuis 1963, Bernardo Provenzano, l'actuel patron présumé de la mafia sicilienne, continue à échapper à la police, grâce notamment à des changements de cachettes incessants et à la complicité d'habitants toujours prêts à lui offrir le gîte et le couvert. Il travaillerait à renforcer l'organisation.

Du côté des forces de l'ordre, personne ne sait à quoi ressemble aujourd'hui cet homme âgé de 68 ans. La chirurgie esthétique, une paire de lunettes ou même une barbe ont pu modifier profondément son apparence. "Si je le rencontrais et qu'il me demandait son chemin, je ne saurais sûrement pas le reconnaître", avoue le procureur de Palerme, Piero Grasso.

Piero Grasso, Procureur de Palerme
Piero Grasso,
Procureur de Palerme

Toto Riina devant la justice
Toto Riina, Parrain n°1 de la mafia devant la justice
Presque tous les chefs de la mafia ont été arrêtés dans les années 90, notamment Salvatore "Toto" Riina, alors considéré comme le "parrain des parrains". Des succès ont notamment été obtenus grâce à un programme de protection des mafieux repentis leur assurant un traitement mensuel, une maison, un emploi et une nouvelle identité pour eux-mêmes et leur famille.

La collaboration des repentis a aidé la police à mettre la main sur des gros poissons. Mais Provenzano est lui passé au travers des mailles du filet. Longtemps considéré comme le No2 de la mafia, il aurait pris les rênes de Cosa Nostra en 1993 après l'arrestation de Riina.

Provenzano travaillerait notamment à rendre "la pieuvre" plus redoutable. Il serait revenu à d'anciennes méthodes destinées à renforcer le secret entourant la célèbre organisation criminelle. "Il y a une nouvelle génération constituée par les fils et les petits-fils, car il est plus difficile d'accuser un membre de sa famille", confie le Procureur Piero Grasso. "Le nombre des repentis s'est ainsi réduit". De nombreux mafieux qui avaient été condamnés à 10 à 15 ans de prison lors du "maxi-procès" de Palerme en 1986-87 sont en outre de retour dans les rangs de Cosa Nostra.

À l'âge du téléphone portable, Provenzano dirige les affaires de la mafia avec des notes écrites à la main. Certains messages sont codés pour le cas où ils n'atteindraient pas leur destinataire. "Ce n'est pas le système le plus rapide, mais c'est le plus sûr", souligne Grasso.

Originaire de la petite ville de Corleone, celui que l'on surnomme "le comptable" a une prédilection pour le détournement de l'argent public. "Provenzano a toujours été celui qui était en charge des marchés de travaux publics, du blanchiment d'argent et de la collusion avec les hommes d'affaires et les hommes politiques", souligne le juge anti-mafia Antonino Di Matteo.

Alors que des millions d'euros provenant de l'Union européenne doivent être affectés au développement de la Sicile au cours des cinq prochaines années, "la mafia a tout intérêt à être aussi invisible que possible", souligne le sénateur Luciano Violante, ancien président de la commission parlementaire anti-mafia.

Bernardo Provenzano
Photo vieillie par Interpol représentant Bernardo Provenzano aujourd'hui.

Condamné par contumace à la prison à vie pour avoir commandité des assassinats, Provenzano doit la longévité de sa cavale en partie au fait qu'il a limité au minimum ses contacts avec les autres membres de la mafia. En outre, la police s'est longtemps peu intéressée à son cas, remarque Di Matteo. "On ne le traque que depuis quelques années", souligne-t-il. Auparavant, "on pensait qu'il était très malade ou mort, ou qu'il avait peu d'influence".

Reste que, selon le Procureur Grasso, la police n'a pas été loin d'arrêter Provenzano à au moins quatre reprises ces dernières années.


Les rues de Palerme tâchées de sang
Procès sous haute surveillance
Procès sous haute surveillance


Giovanni Brusca, condamné à 26 ans de prison
pour avoir appuyé sur le bouton qui a tué le juge Falcone.
Toto Riina, parrain de Cosa Nostra
Toto Riina lors de son procès

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