Il ne voyait le soleil qu'à travers une vitre blindée
Autour de lui, on admirait, et quelquefois on raillait, ses inépuisables capacités de travail et son abnégation. Pendant onze ans en tout cas, il a vécu dans l'atmosphère artificielle des cours de justice, des prisons, et des bureaux surprotégés. Il ne sortait pas. Il ne voyait le soleil qu'à travers la vitre blindée de son Alfa Romeo. Devant son domicile, une guérite avec deux policiers assuraient jour et nuit sa sécurité.
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Mais Giovanni Falcone était aussi un homme gai, plein d'humour et de joie de vivre; auquel sa vie difficile ne donnait ni regret, ni inquiétude, ni angoisse. Falcone déclarait à propos de la mort : « Certes, la pensée de la mort m'accompagne. Mais elle devient vite une seconde nature. Alors bien sûr, on reste en état d'alerte, on calcule, on observe, on s'organise, on évite les habitudes répétitives, on se soustrait aux rassemblements de foule, à toutes les situations de type incontrôlables. Mais on acquiert aussi une bonne dose de fatalisme, en songeant qu'on meurt de tant de choses, au fond, d'un accident de la route, de l'explosion d'un avion, d'une overdose, du cancer, et même de rien du tout ! ». |
Il avait un optimiste sans faille sur l'issue finale de la bataille. Ni l'opacité d'un grand ministère, ni les logiques de la politique politicienne, ni les machiavélismes des palazzi romains n'étaient parvenus à le distraire de son idée fixe : L'Etat a les moyens de battre la mafia.
Falcone ne voulait pas d'enfants pour ne pas mettre au monde des malheureux. Il savait qu'il avait un compte ouvert avec la mafia et qu'il ne le solderai qu'après sa mort, naturelle ou non. Il ne comparait pas Cosa Nostra à une pieuvre mais à une panthère, «animal fort et féroce, vigilant et rancunier». |
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Le juge Falcone était le magistrat en première ligne, symbole de l'Etat-résistant en terre ennemie, acharné à défendre les droits des citoyens contre une terrible organisation criminelle, peut-être la plus terrible de tous les temps, et contraint à une guerre pérpétuelle avec un Etat qui sous-évalue systématiquement les dangers du phénomène mafieux. Le juge Falcone a dû organisé lui-même les systèmes de sécurité, les escortes, les itinéraires qui doivent assurer sa protection. L'Etat ne lui a donné que peu de conseils et d'indications. Les systèmes d'alarme qui isolent sont bureau au premier étage du palais de justice de Palerme ont été importés par lui des Etats-Unis. La guérite, munie d'un téléphone, qui surveille jour et nuit son domicile, via Notarbartolo, c'est lui qui l'a imaginée. Il ne vit plus que pour ses enquêtes. Il ne voit plus le jour qu'à travers les vitres blindées de son Alfa Roméo. De Palerme, il ne connaît plus, depuis 1980, que ses artères principales, traversées à toute allure, toutes sirènes hurlantes, avec ses deux escortes. S'il a réussi à tenir le coup devant les attaques de l'"onorata società" et les inconséquences du gouvernement, c'est à son prodigieux sens de l'organisation qu'il le doit. A sa mémoire d'éléphant. Au fait qu'il est Sicilien, Palermitain même, et qu'il a parfaitement intériorisé les comportement et les valeurs de l'humus mafieux : "C'est monn principal atout. Je me dis toujours : "et si j'étais mafieux, qu'est-ce que je ferais maintenant ?". Cet homme applique en fait à la mafia le raisonnement qui était celui de Dalla Chiesa au sujet du terrorisme : "Vivez comme des terroristes pour lutter contre eux", avait dit le général à ses hommes. "Il faut apprendre à vivre et penser comme des mafieux", dit Falcone à son tour.
 Giovanni Falcone et son épouse Francesca |
 Complicité entre les juges Falcone et Borsellino
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