L’accident de la route est un événement banal paraissant avoir perdu toute aptitude à susciter l’émotion. Un accident de train en gare de Lausanne ou un attentat à Madrid provoquent une indignation et un souvenir durables, car nous sommes habitués à des années entières sans accident mortel sur les rails et sans terrorisme meurtrier. Un plus grand nombre de morts quotidiennes sur les routes semble avoir usé les capacités d’indignation. Comme on acquitte un péage d’autoroute, on accepte de payer en vies humaines le libre usage d’une voiture ou d’un vélo. Exceptionnellement, quand un accident de la circulation particulièrement sordide ou de grande ampleur provoqué par la vitesse excessive dans le brouillard, l’indignation réapparaît pour quelques jours. Il faut lutter contre cette usure de l’émotion et faire percevoir l’accident de la route comme un risque affectif intolérable.

Il y a des accidents qui détruisent un individu ou une famille, d’autres atteignent également la collectivité quand celui qui disparaît a une position publique transformant sa mort en un événement perçu avec tristesse par une région, un pays ou l’humanité. Il est bien sûr impossible de retenir tous les morts car la liste serait malheureusement trop longue. Alors voilà quelques personnalités disparues à jamais et laissant un vide dans le coeur de notre société.

Grace Kelly     
Grace Kelly (1928-1982)

Elle débute à Broadway en 1949 et accède à la célébrité avec "Le train sifflera trois fois" (1952), puis s'impose dans "Mogambo" (1953) de Ford, où elle parvient à s'affirmer face à Ava Gardner et Clark Gable. Puis Alfred Hitchcock trouve en elle son interprète de prédilection : "Le crime était presque parfait" (1954), "Fenêtre sur cour" (1954). En 1955, elle tourne "La Main au collet", comédie policière dont le tournage s'effectue sur la Côte d'Azur. Elle y rencontre le prince Rainier de Monaco, et devient, le 19 avril 1956, Grace de Monaco.

Le 14 septembre 1982, la princesse Grace de Monaco succombe, à l'âge de 52 ans, aux blessures qu'elle avait subies la veille dans un accident de voiture sur une route montagneuse en retournant à Monte-Carlo.

Elle vit une idylle avec le célèbre Dodie Al Fayed mais leur aventure s'interrompra brutalement, tous deux meurent à Paris à la suite d'un tragique accident de voiture le 31 août 1997. Lady Diana est morte à l'âge de 36 ans.

Lady Diana     
Lady Diana (1961-1997)

Rose londonienne timide, fragile, vulnérable qui s’est engagée aveuglément dans un combat sans égal contre les momies de la monarchie, en choisissant comme arme de défense une force de caractère et de l’amour en abondance.

Diana épouse le prince Charles, l'héritier de la couronne, le 29 juillet 1981 à la cathédrale Saint-Paul de Londres. Dès lors la famille royale se révèle appréciée de ses sujets. Les Anglais adulent ce personnage généreux et simple. Lady Diana mène de grands combats en faveur de nobles causes. Ambassadrice hors pair, elle voyage et milite sans cesse : pour les lépreux, les sans-abri, les réfugiés, les femmes, les malades du sida, les enfants... Son altruisme inextinguible l'amènera même à interdire les mines antipersonnel en Angola ou en Bosnie. Ses passages à l'étranger sont médiatisés, une figure emblématique est née. Elle fonde d'ailleurs The National Aids Trust afin d'aider les victimes du sida.

Mercedes dans laquelle s'est tuée Lady Diana

Coluche     
Coluche (1944-1986)

Coluche heurte avec sa Honda 1100 un camion qui manœuvre en travers de la chaussée. Il avait 42 ans.

En traversant la petite commune résidentielle d’Opio, Coluche engagea sa moto dans un virage, à la hauteur d’un camping caravaning, le Caravan Inn. A cet instant précis, un semi-remorque de 38 tonnes était en train de manœuvrer dans l’entrée du camping, bouchant complètement la petite départementale. Coluche ne put rien faire pour éviter le choc. La moto percuta l’avant du semi-remorque. Le choc fut très violent car le casque que portait Coluche éclata en heurtant le phare avant droit du camion. Le comédien fut tué sur le coup. Les premiers témoignages recueillis par les gendarmes semblent montrer que le comédien roulait à très grande vitesse. Plusieurs automobilistes auraient confirmé qu’ils avaient été doublés par cette grosse moto noire qui roulait à une vitesse « impressionnante », propos confirmés par le chauffeur du semi-remorque. « Il roulait tellement vite qu’il n’a pu voir mon camion qu’au dernier moment. Il n’a même pas eu le temps de freiner, car il n’y a aucune trace de freinage sur la route », déclarait le chauffeur du camion.

Quant à l'acteur Didier Lavergne, qui roulait juste derrière Coluche au moment du drame, il raconte : "On roulait doucement. Je ne sais pas pourquoi, Coluche m'a doublé et a pris cinq ou six mètres d'avance sur moi à l'amorce d'une ligne droite. En face arrivait un camion. Au dernier moment, quand Michel a été à sa hauteur, le conducteur a coupé la route pour tourner vers un petit pont. Comme une porte qui se referme... Le type est descendu et nous a dit : "Vous rouliez trop vite." Faux ! Le compteur de la moto affichait 65 km/h. Moi qui me trouvais juste derrière, j'ai freiné sans laisser la moindre trace de gomme, sans tomber. Michel, lui, n'a pas eu le temps. Il a guidonné et percuté le camion dans l'angle. Aujourd'hui encore, je ne sais pas quoi penser"...

La biographie du clown... Extrait du livre de Philippe Boggio

Putain de camion!

Mai 1986. Un an après, presque jour pour jour, Coluche est de retour dans Cannes. Il a même pris pension à l'hôtel Matinez, bien avant le Festival, histoire de montrer qu'il n'est pas venu pour le cinéma. Et, d'ailleurs, le lendemain de la soirée d'ouverture, il quitte la ville.

En fait, s'il s'en va, c'est chassé par les festivaliers qui le privent de la suite qu'il occupe, depuis deux semaines, avec Ludo et Didier. Car Coluche s'est remis au travail. Il écrit des sketches, prépare son retour au Music-hall prévu pour le début de l'automne au Zenith, et ca le perturbe un peu. Alors, il vagabonde dans les lieux qui lui paraissent bénéfiques, comme le palace de la croisette. Le premier jour du Festival, la tribu remballe "le filet à pro vision", les motos, les jouets et quitte la ville pour s'installer, vingt kilo- mètres plus haut, dans une propriété de Chateauneuf-de-Grasse, le domaine de Saint-Jaume. Un ancien monastère, "vite transformé en bordel", selon Ludo.

Un jour, début juin, il appelle Paul. Le manager devrait descendre : il a quelquechose à lui faire écouter. Paul saute dans le premier avion, prend ensuite la route sinueuse de Chateauneuf. Sans lui laisser le temps de saluer la maisonnée, Coluche l'entraîne dans sa chambre, lui fixe des écouteurs sur la tête, et envoie le son du magnétophone. "C'est génial!" En fait, il n'a écouté qu'une sorte de carnet de notes enregistré, chapitre après chapitre, une collection d'aphorismes bien rangés et déroulés, à entendre les quelques rires de fond, devant une poignée d'amis, d'une voix sans effet d'intonation. Quel malheur ils vont faire au Zenith!. Ils s'enlacent, réécoutent la bande.

Le 19, un jeudi, est une belle journée d'été, aux parfums forts et mélangés, comme seule Grasse peut en offrir, à la cueillette de la fleur d'oranger, de la rose et de la tubéreuse. Les monts s'évasent jusqu'à la mer, vers la baie de la Napoule. En début d'après-midi, Coluche, Ludo et Didier partent à moto, jusqu'à Cannes. Aldo, la comédienne Mathilda May et son compagnon restent à la maison. Baby-foot à La Sportive. Il est temps de rentrer. L'heure de la retransmission du match de la Coupe du monde approche. Baisers aux serveuses. "Salut ma poule."

Les trois amis reprennent tranquillement la départementale n 3 qui serpente au milieu des bois, des cultures de jasmin et de lavande, entre Valneuf et Chateauneuf. Coluche pilote une Honda 1100 rouge, assis loin sur la selle. Son casque est accroché à son guidon. Il fait trop beau pour se couvrir la tête. C'est un casque bol, court, qui ne protège pas la nuque, presque un faux casque. Un casque de cinéma. Ils roulent à faible allure. Ils connaissent par coeur cette départementale de carte postale, étroite et très fréquentée, le plus court chemin de la montagne à la mer.

A l'approche d'Opio, un village haut perché que la route tient à distance, deux pompistes de la station d'essence AGIP les regardent passer. Ils voient Coluche pratiquement tout les jours. Ils attendent l'heure du match, à l'ombre. Coluche qui roule derrière, accélère pour doubler Ludo, puis Didier. Histoire de leur adresser un signe amical. Une grimace pour l'un, un sourire pour l' autre. Une courbe, puis une ligne droite, en contrebas d'une colline. Cette portion là, tout les trois l'ont dans l'oeil : on approche de la maison.

A soixante-trois mètres du début de la ligne droite, un semi-remorque vient de s'arrèter en sens inverse. Il parait vouloir couper la route, virer sec, en une manoeuvre délicate. Le tracteur du camion s'engage déjà, à angle droit, pour viser un petit chemin de terre. Coluche roule à 75 km/h, au débouché de la courbe. Voit-il l'engin qui obstrue la vue, barre presque toute la largeur de la route, va bientôt empêcher toute issue? Pense-t-il avoir été vu du chauffeur? Avoir le temps de passer à droite, en rasant l'avant du tracteur?

Coluche ne freine pas. Il n'oscille pas. N'esquisse aucun mouvement. Va droit à l'obstacle. Au dernier moment, il "balance" sa Honda, comme tous les motards experimentés en face d'un danger, mais celui-ci parait réagir à contre sens, et projette, sans violence, son pilote vers la roue du tracteur. Le choc parait sans force. Derrière Coluche, à une seconde, Didier a eu le temps de freiner, Ludo de voir le corps, le caoutchouc et la tôle, entrer en contact doucement, sans vitesse. Dans sa cabine, le chauffeur, aussi, à la sensation d'un frôlement.

Coluche tu nous manques enfoiré !   
Didier se précipite sur Coluche, étendu sur le dos, à coté du pneu. Il parait inerte, il y a du sang sur l'asphalte, près de sa tête, mais Didier n'a pas enregistré mentalement une scène brutale. Le maquilleur, avec précaution, prend son ami dans ses bras. Ludo veut en découdre avec le chauffeur. Couper le moteur du camion : Coluche bouffe des gaz d'échappement. Des voitures sont garées derrière le camion. Leurs conducteurs s'approchent. D'abord il ne le reconnaisse pas. Ils notent simplement qu'il a les ongles peints, à la main gauche. "Mais c'est Coluche!" hurle Ludo. Didier ordonne : "Un téléphone!" Ludo se met à courir vers les bureaux d'un pépiniériste, à une centaine de mètres. Un téléphone! Aux pompiers, il réclame un hélicoptère de la Protection civile. A l'autre bout du fil, on doit s'étonner. "Mais c'est Coluche!" hurle Ludo.

A un mètre du visage de Coluche, il y a un pré. Un petit ruisseau, au ras de la route, et puis un pré, parsemé de fleurs. Cinquante mètres de longueur de pré avec, pour seuls obstacles, quelques arbustes. De l'autre coté, sur la gauche, Coluche n'avait aucune chance de pouvoir s'échapper. Un mur de soutènement, de vieilles pierres, protége la départementale de la colline. Mais sur sa droite! Le petit chemin que visait le tracteur enjambe le ruisseau sans muret. Ras! Devant le tracteur du camion, c'est fou ce qu'il parait y avoir comme place libre, nette, attirante.

Didier parle à Coluche. Il trouve bien que la tête et l'épaule de son ami font un angle anormal, mais il est dans un rêve. Sur le côté du crâne, une petite blessure, qui déjà ne saigne plus. Il lui explique que ça ne fait rien, qu'il fera le Zenith avec des béquilles, au pire en chaise roulante. Là-haut, à la maison, Aldo va s'inquiéter, ils doivent les attendre. La belle Mathilda. Ses seins, Michel! Didier berce Coluche doucement.

Ludo est venu en courant. Il voudrait que le "gros" se relève, que tout soit comme juste avant, que le chauffeur réalise que c'est Coluche, là, par terre. Qu'il arrète de tenir ses papiers à la main, comme s'il n'attendait que le constat. Les pompiers arrivent sur ce coin de campagne éloigné. Et derrière eux, la télé. Ludo les tue, s'ils filment!

Le médecin tente de décrocher les bras de Didier du buste de Coluche. Il est mort! Les cervicales brisées. Il est mort depuis longtemps! Il est mort sur le coup! Ce n'était pas, là encore, la place qui manquait, et sur la surface du tracteur, et sur le corps de Coluche. Mais les deux, le camion et le corps ne se sont pas manqués. Le point du crâne qui commande aux vertèbres et le coude du pare-chocs, sous le phare.

James Dean    
James Dean (1931-1955)

James Dean qui était passionné de vitesse et des voitures de sport décède dans un accident de la route en Californie le 30 septembre 1955. Il avait 24 ans.

Dès son plus jeune âge James Dean se passionne pour le théâtre, jouant même dans des troupes locales. Son attitude de rebelle, son physique d'adolescent l'amènent à percer à Hollywood, qui, friand de nouveaux talents l'engage sans hésitation. Son premier film 'A l'est d'Eden' est une adaptation de Steinbeck, réalisé par Elia Kazan, l'un des grands pontes de l'industrie du cinéma. Il poursuit avec 'La fureur de vivre' de Nicholas Ray, un film où il exprime toute la révolte des adolescents désillusionnés. Après avoir tourné dans 'Géant', James Dean meurt dans un accident de voiture, près de Salinas.

Sur la route de Salinas
La puissante voiture de sport où James Dean à trouvé la mort

Ayrton Senna    
Ayrton Senna (1960-1994)

L'idole de tout un peuple décède le 1er mai 1994 en heurtant un mur lors du Grand Prix d'Imola après un problème mécanique. Sa mort rappelle ainsi que même un pilote chevronné, habitué aux situations extrêmes peut se tuer en voiture. Il avait 34 ans.

Ayrton Senna, jeune champion du Brésil, débute en Formule 1 en 1983, où il court pour une petite écurie, Toleman-Hart. Malgré une modeste voiture, il se fait remarquer pour son talent et son agressivité sur la piste. En 1985, il signe chez Lotus et remporte sa première victoire au Grand prix d'Estoril, au Portugal. Perfectionniste, il travaille avec les mécaniciens et les ingénieurs sur tous les réglages de sa monoplace. Son palmarès ne fait que s'accroître, jusqu'en 1988, où en lutte avec Alain Prost, il se surpasse dans un Grand Prix du Japon resté légendaire. McLaren l'embauche et en fait le coéquipier de Prost, mais les deux hommes ne s'entendent pas, et leur fortes personnalités les empêchent de cohabiter. Il change encore une fois d'écurie, et pilote pour Williams.


Vidéo de l'accident de Ayrton Senna

Vidéo du dernier tour de Ayrton Senna

Ayrton Senna luttant contre la mort
        Voiture de Ayrton Senna

Albert Camus   
Albert Camus (1913-1960)

Albert Camus intègre un mouvement de Résistance à Paris, et devient rédacteur en chef du journal 'Combat' à la Libération. Il obtient le Prix Nobel de littérature en 1957. Il est mort d'un accident en 1960. Il avait 43 ans.

La voiture, une Facel Vega, se dirigeait vers Paris. L’écrivain était à la place passager, à côté du conducteur M. Michel Gallimard. D’après les premiers témoignages, la puissante automobile qui roulait à vive allure (130 km/h) a brusquement quitté le milieu de la route, toute droite à cet endroit, pour s’écraser contre un arbre à droite de la chaussée. Sous la violence du choc la voiture s’est disloquée. Une partie du moteur a été retrouvée à gauche de la route, à une vingtaine de mètres, avec la calandre et les phares. Des débris ont été projetés dans les champs dans un rayon d’une trentaine de mètres. D’après les premières constatations de la gendarmerie, l’accident aurait été provoqué par l’éclatement d’un pneu gauche. Il n’est pas impossible que le conducteur ait eu un malaise.

Et bien d'autres...

Gilles VilleneuveFernand ReynaudWayne Rainey


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