L'enquête a été réalisée dans 4 pays francophones auprès de 50 collègues policiers en Suisse, France, Belgique et Canada. Toutes les questions étaient identiques et il n'y a eu aucune adaptation malgré les différences qui peuvent subsister entre les pays.

Les collègues qui se sont le mieux prêtés au questionnaire sont les Belges, ensuite les Français, les Canadiens et en fin de classement les Suisses. Je remercie bien entendu tous les collègues qui se sont prêtés à cette petite enquête en toute confidentialité.

Voici l'exposé des questions et l'analyse des résultats :


Profil des policiers questionnés

Les collègues interrogés ont une moyenne d'année de service de 12 ans. Le plus jeune est de 2003 (1) alors que l'aîné a effectué son école en 1978.

Tous ces policiers opèrent dans la gendarmerie, la police fédérale, la police municipale, la police locale et la police de la navigation.

Tous les grades sont représentés dans le questionnaire. Il y a même un officier.

20 policiers travaillent majoritairement dans un bureau alors que 30 sont principalement sur le terrain et la grande majorité travaillent en uniforme.

Avez-vous passé des tests d'entrée pour devenir policier ?

Pour les 4 pays, la réponse est oui.

A l'heure actuelle, il n'est plus possible de faire ce métier sans avoir passé au préalable des examens d'entrée. Ces examens sont indispensables et permettent d'effectuer la sélection des futurs policiers. Ce métier est une profession qui devient de plus en plus pointue et la motivation ne suffit pas. Il faut une réelle vocation pour servir son prochain malgré toutes les barrières qui se dressent au court d'une carrière.

Durée de l'Ecole de police

La durée de l'école est comprise entre 8 et 12 mois.

Assermentation

Excepté au Canada, les policiers Suisses, Belges et Français sont assermentés par leurs autorités au terme de leur formation. Au Canada, la situation est différente puisque les aspirants de police suivent une école pendant 4 mois. Cette formation est à leur frais et au terme de cette dernière, c'est à eux de trouver un employeur.

Retraite

L'âge de la retraite des policiers est variable. Dans le même pays, des policiers ne partiront pas à la retraite au même âge. Impossible de vous exposer les raisons qui sont souvent propre est personnelle à chacun. Toutefois, dans les 4 pays concernés, les policiers peuvent prendre leur retraite après environ 30 ans de service.

Avantages sociaux

En Belgique et au Canada, les avantages sociaux pour les policiers sont principalement regroupés dans une réduction des frais médicaux et dentaires. En France des appartements de fonction sont mis à la disposition des gendarmes. La Suisse est le parent pauvre des 4 pays questionnés puisqu'on ne relève que la sécurité de l'emploi. Une sécurité qui est d'ailleurs relevée partout ailleurs.

Salaires

La question des salaires est une question superflue car il est difficile de comparer le pouvoir d'achat de chaque pays et les montants ne veulent pas dire grand-chose. Toutefois, dans la question " Etes-vous satisfait de votre salaire ?" c'est les Belges et les Canadiens qui répondent presque tous positivement à cette question. Les Français et les Suisses sont insatisfaits et le trouvent trop bas en général.

Jours de vacances

Les Français (gendarmes) bénéficient d'environ 45 jours de vacances par année alors que les Suisses en ont 25. En Belgique et au Canada ce chiffre atteint une moyenne de 32 jours par année.

Heures supplémentaires

A la question " Devez-vous souvent faire des heures supplémentaires ? " tous les policiers répondent à l'unanimité : oui !

Partenaire de patrouille

Pratiquement tous les policiers changent de coéquipiers lors de leur patrouille.

Aimez-vous travailler de jour ou de nuit ?

La plupart des policiers interrogés préfèrent travailler plutôt le jour que la nuit. Mais cette tendance est vraiment très faible et beaucoup de collègues apprécient le travail de nuit.

Les horaires sont-ils astreignants ?

Excepté trois policiers, tous les autres mentionnent que les horaires qu'ils exécutent sont astreignants. Je n'ai pas demandé plus de précisions mais il est évident que des horaires irréguliers sont toujours plus difficiles à gérer pour avoir une vie sociale dite normale. Les policiers doivent faire beaucoup de concessions dans la vie de tous les jours au niveau de la famille, des amis et des loisirs.

Système promotionnel

Dans l'ensemble, les policiers ne sont pas du tout ou partiellement satisfaits du système de promotion qui anime leur corps. Un seul est complètement satisfait.

Principal défaut de la hiérarchie

Aie, on touche le coin piquant : la hiérarchie. Ca se ressent dans les réponses reçues car beaucoup de collègues gardent un droit de réserve et ne donnent pas leur avis sur la question. Une attitude prudente des policiers des 4 pays interrogés. Toutefois, 16 collègues répondent et désapprouvent le copinage qui existe dans leur corporation.

Opinion sur votre hiérarchie

Trop loin de la base, c'est ce qui ressort le plus dans le questionnaire. Ensuite on a beaucoup de méfiance et de perte de confiance. Il faut savoir que la hiérarchie est souvent tenue par des décisions politiques qu'ils ont le devoir de faire respecter. Je pense que c'est une des raisons qui fait que les policiers de la base ont parfois du mal a accepter qu'un officier qui était dans le terrain auparavant change sa vision.

Opinion sur son chef direct

Dans l'ensemble, tous les policiers trouvent que leur chef direct est proche de ses hommes et qu'il sait trouver le juste milieu.

Opinion sur la politique de sécurité

On atteint à l'unanimité un chiffre éloquent de ce que ressentent les policiers par rapport au pouvoir politique. Les réponses sont : totalement et parfois à côté de la réalité du terrain. Seule exception en France où les collègues bénéficient sans doute de l'effet Sarkosy. Un Ministre de l'Intérieur qui a donné une belle impulsion dans le domaine de la sécurité en ne s'arrêtant pas aux beaux discours.

Les rapports avec la hiérarchie et les collègues

Aucun problème majeur à relever puisque les rapports sont de bons à excellents autant au niveau de la hiérarchie que des collègues de patrouille.

Motivation sur la profession de policier

La majorité des policiers répondent que leur motivation est variable. Ils tiennent le haut du classement avec ceux qui sont toujours autant motivés par leur profession. Une minorité ne l'est plus. Une question qui mériterait d'être approfondie pour connaître les raisons de la baisse de motivation qui peut survenir un jour ou l'autre chez chaque policier.

Si c'était à refaire ?

A l'unanimité, même ceux qui ne sont plus autant motivés par leur profession répondent que si c'était à refaire, ils signeraient à nouveau pour intégrer les rangs. Une belle preuve que ce métier est passionnant et enrichissant et qu'une fois incorporé, il fait bon y vivre. A condition bien sûr de garder ses convictions et de toujours vouloir se battre pour préserver les valeurs qui nous sont chères. Même contre vents et marées.

Formation continue

Les corps de police des 4 pays qui nous occupent bénéficient d'une formation continue.

Intervention la plus crainte chez les policiers

Le hold up est l'intervention qui est la plus angoissante pour les policiers des quatre pays. Les criminels qui réalisent ce genre de délit sont souvent déterminés et n'hésite pas à tirer sur les forces de l'ordre. Les policiers qui interviennent sur ce genre de flagrant délit sont confrontés à beaucoup de facteurs imprévisibles. Le nombre de délinquant est inconnu, l'arme qu'ils utilisent est souvent autant si ce n'est plus performant que la nôtre et leur détermination est souvent inconnue. Le danger pour les policiers est aussi d'éviter que des citoyens soient blessés, tués ou pris en otage. Bref, autant de facteur qui fait craindre le pire aux policiers. Une prise de décision immédiate avec autant d'incertitudes et une charge émotionnelle accrue demande beaucoup de sang-froid.

La deuxième intervention que les policiers redoutent est celle du forcené. On peut arriver pour une banale bringue de voisinage qui change en quelques instants et devient une intervention dangereuse. A nouveau l'incertitude qui fait craindre le pire aux policiers. L'instinct compte beaucoup dans ce métier et c'est pourquoi l'expérience est capitale. Un policier a le devoir de désamorcer les situations les plus complexes où beaucoup d'autres spécialistes ont échoué.

Les rixes et les suicides sont la troisième intervention que les policiers craignent le plus. Les rixes probablement parce que une foule en colère peut vite se retourner contre les forces de l'ordre et se retrouver rapidement en supériorité numérique. Ces situations sont dangereuses car la proportionnalité est de rigueur chez les policiers alors qu'en face c'est le dernier de leurs soucis.
Les suicides parce qu'au-delà des images sordides qui accompagnent ce genre de geste il y a toujours l'histoire d'une terrible détresse. Et c'est le policier qui devra aller annoncer à ceux qui restent que leur proche est parti pour toujours. Allez expliquer l'inexplicable à un enfant…

Blessure en service

La moitié des policiers ont été blessés en service. C'est qu'avec les supers flics de télévision on arriverait presque à oublier que ça reste un métier dangereux.

Utilisation de l'arme à feu

La plupart des policiers n'ont jamais utilisés leur arme contre un individu. Cela reste bien heureusement exceptionnel et espérons que cette tendance ne changera jamais. Par contre, l'arme est utilisée plus fréquemment pour abattre un gibier agonisant et moins souvent pour des coups de semonce.

Utilisation du spray au poivre

Ce moyen de contrainte est beaucoup plus souvent utilisé car il permet de prendre un avantage sur l'adversaire. Le but étant de maîtriser très rapidement l'individu pour éviter l'escalade de la violence.

La peur en intervention

La moitié des policiers répondent qu'ils ont parfois peur en intervention alors que l'autre moitié répond le contraire. Il n'est jamais évident d'avouer cette peur et pour bien des policiers, elle n'apparaît qu'au moment où la pression retombe. On se refait les images de l'intervention et c'est à ce moment qu'on décèle tous les risques encourus. On ne peut vivre qu'en dominant ses peurs, pas en refusant le risque d'avoir peur. L'écrivain français Jules Renard disait : " La peur est une brume de sensations ". De plus, notre métier n'aurait plus la même saveur s'il n'y avait pas régulièrement cette montée d'adrénaline.

Principale inquiétude lors d'intervention difficile

Le professionnalisme est de rigueur chez les policiers des quatre pays. En effet, la majorité pense d'abord à ne rien oublier et à rentrer indemne à la maison. Je pense que tous les policiers ont ce souci mais pour conjurer le sort et par pudeur chacun évite de parler du pire.

Course poursuite

Régulièrement les policiers doivent affronter des situations extrêmes face à des individus sans foi ni loi. La course poursuite en voiture est un des événements qui ressort assez souvent dans une carrière. Le facteur de risque est énorme car nul n'est à l'abri d'une sortie de route dramatique. Des risques amplifiés qu'il faut calculer pour ne pas mettre en péril la vie des honnêtes citoyens. Bref, un policier doit toujours garder la tête froide dans des situations peu banales et toujours penser à la proportionnalité. C'est beaucoup plus facile à dire qu'à faire.

Sanctions proclamées envers les délinquants

A l'unanimité par rapport aux réponses reçues, les policiers pensent que les sanctions sont trop clémentes envers les délinquants. Il est vrai que ce n'est jamais facile d'intervenir envers des individus qui narguent les forces de l'ordre parce qu'ils ne craignent absolument pas les sanctions infligées par la justice.

La presse et les interventions de police

En Belgique, les policiers dénoncent la presse de leur pays qu'ils jugent peu objective envers des interventions impliquant les forces de l'ordre. En France, la plupart des collègues sont satisfaits de leur presse qui est assez objective selon eux. En Suisse romande et au Canada, excepté certains quotidiens à scandales, les policiers trouvent les journalistes objectifs et assez justes.

Considération du public envers la police

Dans les 4 pays, les policiers trouvent la considération du public variable à excellente. L'opinion publique est évolutive et dépend beaucoup de l'actualité du moment. Les dérapages et les bavures de certains collègues font beaucoup de mal à toute la corporation et doivent être dénoncés et condamnés. N'oublions toutefois pas de garder une grande prudence avant de juger une intervention de police sans en connaître tous les critères.

Que faire dans l'immédiat pour la police ?

Dans un monde en pleine mutation, un policier dans le terrain doit jongler et s'adapter à toutes les couches de la société. Il doit adapter son intervention selon les circonstances en restant le plus juste possible et en respectant toujours le cadre légal. Dans l'enquête, il ressort que les policiers souhaiteraient plus de sévérité dans les sanctions envers les délinquants d'habitude. Il ressort aussi que l'application des peines est un problème constant.

Tenue de travail

La majorité trouve leur tenue de travail fonctionnelle. Seuls quelques collègues en France et en Suisse dénoncent une tenue peu fonctionnelle. Mais dans l'ensemble, les policiers sont satisfaits de la qualité de leur uniforme.

Armes et moyens de contraintes

Sans exception, tous les collègues travaillent avec une arme de poing d'un calibre de 9 mm. Les modèles diffèrent d'un pays à un autre mais donne en général entière satisfaction à leur propriétaire. A part quelques cas, le spray au poivre est également de rigueur dans l'équipement du policier. La matraque, le bâton télescopique et le tonfa font également partie des moyens de contraintes le plus utilisés. Les gants anti-couteaux, les gants de latex, les lampes de poche et les couteaux multifonctions font partie des accessoires les plus fréquents.

La ceinture de charge pour transporter tout ce matériel est souvent classique en Belgique et en France. Les Suisses et les Canadiens sont pratiquement tous équipés de la ceinture américaine PRO 3.

L'arme de service des collègues Belge est principalement le Glock 17. Ils l'apprécient beaucoup.
Les Suisses sont équipés en général du SIG SAUER P26 ou 28 et en sont satisfaits.
Les Français possèdent le Beretta 92F est lui donnent également une bonne note.
Les Canadiens ont le Smith et Wesson en toute satisfaction.
Cette liste n'est pas exhaustive…

Les proches et leur soutien

A l'unanimité, les proches sont fiers de côtoyer un policier au quotidien. Nous sommes tous confrontés aux questions de l'entourage sur notre métier passionnant. On constate qu'une infime minorité de collègues n'osent pas dire leur profession. Excepté en France et en Belgique, certains policiers suisses et canadiens déclarent que ce n'est pas toujours facile pour les enfants à l'école d'avoir un papa ou une maman policier.


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