Pour un policier, il n’y a rien de pire que de voir un enfant de 10 ans qui vient de se suicider...
Le suicide oblige les policiers à intervenir de façon délicate. Avec un minimum de formation, ils négocient avec ceux qui souhaitent mettre fin à leurs jours; ils réconfortent les proches; ils doivent surtout garder leur calme dans des situations très dramatiques. Certains cas les affectent.

René Gélinas vient de débuter sa carrière dans la police depuis à peine quelques semaines. Le mois de novembre s’achève. Il reçoit un appel pour se rendre près du parc Woodyatt. Selon les premières informations fournies à la police, il semble qu’une personne âgée ait trébuché et qu’elle soit incapable de se relever. Arrivé sur les lieux, le constat est tout autre : un enfant de dix ans vient de se jeter du neuvième étage...

«S’il y a seulement un événement qui restera profondément ancré dans mes souvenirs, c’est cette journée où je me suis trouvé avec cet enfant qui venait de mettre fin à ses jours. L’image est effroyable. Le sentiment d’impuissance est indéniable. Le “pourquoi” devient alors une obsession. Pourquoi un jeune qui ne connaît rien à la vie peut aller jusqu’à se suicider ? La carapace du policier s’effondre», raconte, avec émotion, le lieutenant Gélinas qui travaillait alors pour le Service de la sécurité publique de Drummondville.

Parfois, les policiers ont la délicate responsabilité de dissuader une personne ayant l’intention de s’enlever la vie.

Larme d'enfant     
Un homme en détresse est sur le point de se suicider. Deux policiers négocient avec lui. Il est dans son bain et tient dans ses mains un objet électrique. À tous les instants, il menace de le laisser tomber dans l’eau pour s’électrocuter.

«De toute évidence, il était rendu au bout du rouleau. Il tendait une dernière perche. Nous ne connaissions pas son vécu. Nous avons dû le faire parler de ce qu’il ressentait. Il fallait trouver une petite lueur d’espoir pour le rattacher à la vie. Les discussions ont duré plus de deux heures et demie. C’était une situation très éprouvante. À ma connaissance, l’homme est toujours en vie», se souvient René Gélinas.

Réconfort

Les policiers voient aussi à réconforter les proches d’une personne qui vient tout juste de se suicider.
Un homme trouve son frère pendu dans son appartement. Pris de panique, il crie aux policiers : «Sauvez-le, sauvez-le».
«Sur les lieux, un des policiers a procédé immédiatement aux manœuvres de réanimation pendant que l’autre a tenté de réconforter le frère. D’autres membres de la famille sont alors arrivés. L’atmosphère était très lourde. Il fallait garder notre calme. Ce n’était pas évident», précise le lieutenant Gélinas.

Par ailleurs, quelques situations peuvent devenir dangereuses. «Une femme nous appelle pour nous dire qu’elle vient de trouver une lettre sur la table de cuisine. Elle a peur d’ouvrir la porte de chambre et de trouver son conjoint sans vie. L’homme en détresse n’a pas eu le courage de passer à l’acte. Il se cache et attend l’arrivée des policiers. L’individu les provoque en souhaitant qu’ils fassent feu en sa direction. C’est une situation très dangereuse», raconte René Gélinas.

Selon le policier, le printemps et l’automne sont des périodes particulièrement critiques en matière de suicide. «Les changements de température sont propices aux suicides.

Dans ce genre de situation, il existe une grande collaboration entre les policiers et les ambulanciers. «Lorsqu’ils arrivent sur les lieux, les ambulanciers prennent charge du corps de la victime alors que nous pouvons nous concentrer sur les proches», souligne René Gélinas.

Les policiers ont la responsabilité de bien référer les gens affectés par une situation de suicide. «En plus du centre hospitalier, nous pouvons compter sur le CLSC et le Centre d’écoute et de prévention du suicide. Il existe également d’autres organismes communautaires œuvrant dans ce secteur. Il est important que les policiers connaissent très bien les ressources disponibles dans la région. C’est notre rôle», d’insister le lieutenant Gélinas.

«Il y a des ressources locales. J’incite les personnes en difficulté à les utiliser. Il ne faut pas attendre de faire l’ultime appel à la police. Il y a des gens qualifiés pour les aider», de conclure René Gélinas.

Article offert par M. Ghislain Allard (journaliste canadien)




Si jeune, si triste
Pourquoi devons-nous
Connaître ce sentiment
Même dans notre plus tendre enfance ?

Nous ne comprenons rien,
Rien à la vie, mais déjà
La tristesse nous envahit.

Nous ne pouvons plus nous arrêter.
Vite, vite venez nous consoler.
Nous avons tant besoin de réconfort.
Ne nous laissez pas voir le monde tel qu'il est.
Laissez nous vivre dans nos contes de fées.
Laissez nous rêver
Surtout, ne nous laissez pas pleurer.

Tristesse d'enfant

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