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1140 jours que je souffre, 1140 jours que je "survis", 1140 jours que mon fils ne me fait plus de câlins, 1140 jours d'horreur... et j'ai de la chance !!! |
Tout est devenu tellement absurde; mais je marche de nouveau, je ne suis pas défigurée ou presque... je fais donc partie des miraculées, malheureuse d'être sur cette Terre sans l'être qui comptait le plus pour moi.
L'Accident a eu lieu sur le trajet entre l'aéroport de Roissy et la maison de mon ami Jean-Pierre chez qui nous allions dîner mon fils et moi, à Villepinte. C'était le dimanche 31 mai 1998 à 19h40. Je suis transportée en urgence dans le coma à l'hôpital de Gonesse. Mon fils lui ira à l'hôpital Necker dans le 15ème arrondissement de Paris.
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Je subis tout de suite ma première opération de la jambe droite qui durera 4 heures. En plein milieu de l'opération, le coeur de mon enfant lâche. Il est décédé à minuit 5. C'est l'onde de choc qui l'a tué.Le chauffard, un jeune homme de 29 ans nous a percuté à 150 km/h (en ville), avec 1 gramme 8 d'alcool dans le sang. Je roulais à 45 km/h et nous étions attachés.
Ce n'est pas moi qui le dis, le coma a "effacé" l'accident, mais le rapport de police !
Le lendemain personne ne doit rien me dire concernant l'enfant, parce que deux jours plus tard, je serai opérée de la mâchoire inférieure droite.
Le 9 juin, c'est l'enterrement de mon fils. J'y assisterai (sur les conseils des psychologues) en fauteuil roulant. Inutile de vous dire combien tout était flou. Tout, sauf la petite boîte blanche par laquelle j'essayai de me dire la vérité. Le corps de mon fils était dedans, mort, mort, mort pour toujours...
Le 15 juin, je quitte l'hôpital de Gonesse pour le Centre de Rééducation de Granville d'où je ressortirai 76 jours plus tard, le 29 août.
Entre temps on a découvert que j'avais des racines des dents supérieures cassées, la partie gauche du torse luxée, j'ai des cals osseux à cause des côtes fracturées, la partie gauche du visage enfoncée et un problème "d'apnée" non résolu à ce jour, sans parler des "petits bobos".
Lorsque j'ai eu l'accident, Jean-Pierre ne m'a jamais laissé tomber et une fois que j'ai appris le drame pour Nicolas, il m'a demandé ce qu'il pouvait faire pour moi et je lui ai dit :
- Il faut déménager l'appartement du XVII ème dans lequel je vivais avec Nico. Il l'a fait le 19 juin et il a mis mes affaires dans son garage.
Lorsque je sors de Granville, je vais vivre à Villepinte chez Jean-Pierre avec mes deux béquilles, et mon "agonie".
Le 15 septembre je n'ai plus qu'une béquille et fin septembre début octobre, je commence à marcher toute seule. Je vois le kiné tous les jours pour des séances de rééducation. Le 9 novembre 1998, je suis de nouveau à l'hôpital de Gonesse pour qu'ils m'enlèvent les broches de la mâchoire.
Je ne vais pas bien du tout surtout avec l'approche du mois de décembre. Le 6, c'est la Saint Nicolas, le 8, il aurait eu 6 ans, et ensuite il y aura Noël et le Jour de l'An !
Le 14 décembre, je repartirai pour Granville finir ma rééducation et surtout pour voir la psychologue qui est très bien.
Je ne vais pas bien que ce soit physiquement ou moralement. Mon docteur m'a prescrit des antidépresseurs (3 différents). Tous ont le même effet sur moi. Je suis une morte vivante, un zombie, une espèce de chose qui erre, sans plus aucune réaction à rien. C'est pathétique, Jean-Pierre jettera tous les médicaments.
Le 31 mai 1999, jour pour jour, un an après l'accident, je rentre de nouveau à Gonesse pour qu'ils enlèvent le matériel de la jambe et qu'ils m'opèrent de l'orteil. C'est moi qui ait choisi la date. J'ai été opérée le jour du départ de mon fils, mais je suis restée sur cette terre. Pourtant, la veille, j'avais été au cimetière faire des prières devant la tombe de Nicolas pour lui demander qu'il m'emmène avec lui, que ma vie sans lui, n'était plus possible. Mais rien. L'anesthésiste a été très bon !
Bien sur, je ne fais que résumer...
Je ne parle pas de mes maux de tête, de mes nuits de cauchemars et d'insomnies, des nausées pratiquement quotidiennes, du mal au ventre, de ma fatigue écrasante, des tonnes de larmes que j'ai pu verser en pensant que mon fils n'est plus et à l'atrocité que représente pour moi ce 31 mai 1998.
Depuis l'accident, je suis passée de 4 à 5 cigarettes par jour, à 1 paquet aujourd'hui. Sans oublier le sentiment d'angoisse, de stress et de peur que j'éprouve lorsque je suis en voiture, que ce soit en tant que conductrice ou passagère.
Je ne parle pas non plus du temps passé à la Sécurité Sociale, du temps passé à faire des photocopies, des dossiers, des courriers à droite, à gauche.
Je ne compte pas les jours - nombreux - où je ne suis qu'un zombie. Sans parler de tous les médicaments que mon corps a dû et doit ingurgiter sous formes de piqûres, de perfusions, de cachets, de sirops et autres !
Aujourd'hui (entre autres), j'ai perdu la moitié de mes cheveux, je suis une "droguée" aux médicaments (anti-douleurs, somnifères, antidépresseurs et autres...) j'ai pris (sur mon visage et par rapport à mon corps) 10 ans en plus, je suis épuisée, vide, je me sens inutile sans mon fils et je n'arrive pas a voir le bout de cet ENFER !!!
Si tout ce passe bien, aujourd'hui, j'aurai enfin mon bridge définitif. Depuis le 1er décembre 1999, j'avais un appareil provisoire. Ensuite, sous anesthésie générale (la 5ème), le dentiste a fini son travail, parce que psychologiquement je n'en pouvais plus, et depuis j'ai un affreux bridge provisoire qui me gêne en tout, même pour parler.
Et mon métier me direz-vous ?
Mais si je n'arrive même plus a vivre "normalement", comment voulez-vous que je puisse penser reprendre mon métier ?
J'ai oublié tous les problèmes que cet accident a provoqué : vente de ma propriété en catastrophe, dossiers dans tous les sens, expertises "contre", contre-expertises....et aujourd'hui, l'assassin est toujours sur la route, il conduit de nouveau depuis plus de 2 ans.
Faites très attention, il peut vous tuer : vous, moi, un voisin, un ami.
Paul Planchon, que je remercie du fond du coeur, m'a redonné une chance dans la série "Sandra et les siens". Le deuxième épisode :"les cathédrales du silence" diffusé sur TF1 le jeudi 14 décembre 2000 à 20h50. J'interprète le rôle de Madame Paoli, une maman qui perd son enfant. Le 8 décembre, Nicolas aurait 8 ans. Je suis sûre que c'est lui qui, de là-haut, a organisé cette rencontre .
J'en ai profité pour changer de nom pour me sentir plus complète : Florence NICOLAS
975 jours plus tard, soit 32 mois exactement jour pour jour, le procès a eu lieu.
Tribunal de Grande Instance de Bobigny. 14ème Chambre Correctionnelle.
13 h, ça commence. Après plus de 2 h 30, côte à côte avec l'assassin et sa famille, c'est enfin le tour de notre « histoire ». Ça durera plus d'une heure et demie.
Je porte un tee-shirt avec la photo et le nom de Nicolas, je me sens un peu protégée. Dieu merci, je ne suis pas seule. Il y a Jean-Pierre bien sûr, mais aussi Audrey et son ami, Patricia de Beaufort (de la Fondation Anne Cellier) et Jill, une autre amie.
Je vous passerai les détails horribles, (l'attente interminable, mon mal de dos insupportable, les regards « croisés », l'ambiance oppressante...) pour en arriver à la conclusion. Le procureur, qui est un homme très bien, a demandé 4 ans de prison ferme (vu que c'est un récidiviste qui n'a pas su saisir sa chance lors de sa première condamnation) et 5 ans d'annulation de permis de conduire.
Malheureusement pour mon état nerveux, nous n'aurons pas de réponse aujourd'hui. Le délibéré sera rendu le 14 février. Il faut encore attendre.
Il a 10 jours pendant lesquels, il peut faire appel.
De plus, les experts ne m'ayant toujours pas convoquée, il y aura de nouveau une audience, de nouveau une autre date, de nouveau de l'attente pour le dossier de mes dommages et intérêts.
Aujourd'hui, la sentence est tombée : 4 ans de prison dont 2 ans ferme et 5 ans d'annulation de permis de conduire. Le responsable se tait.
Si vous pensez qu'il y a 13 ans, le « même genre d'assassin », celui d'Anne Cellier, n'a eu que 6 mois avec sursis !
On progresse, mais rien ne nous rendra nos enfants partis à jamais...
IL A FAIT APPEL ! Ce qui veut dire que dans 6-8 mois, il y aura un autre procès. Heureusement que je suis sous anti-dépresseur parce qu'il faudra encore beaucoup de temps pour que je puisse enfin « ranger » l'énorme dossier ACCIDENT DU 31/05/98.
Je me sens « démenseule ». J'aimerais qu'on trouve un mot pour nous définir, moi, Christiane Cellier et tant d'autres, nous les « victimes par ricochet » selon le terme juridique. Démenseule, me paraît approprié. Pour les hommes : démenseul, ça marche aussi. Parce que c'est vrai. Premièrement, on devient fou de douleur, proche de la démence et deuxièmement parce qu'on se sent seule, seule au monde, malgré les personnes qui vous aiment et qui vous entourent.
Conclusion. Après cet autre choc du procès, j'ai dû me rendre à l'évidence et me soigner. Je suis « dans un état dépressif profond...» dixit le Dr Garçon, mon généraliste et sous anti-dépresseur puissant.
Cette fois, je ne peux plus y échapper pour survivre.
(une maman qui n'a plus son enfant et qui ne pourra plus jamais vivre comme avant)
Florence, la maman du petit Nicolas
Diffusé avec l'aimable autorisation de Christiane Cellier.
Présidente de la Fondation Anne Cellier & Florence Nicolas.
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