Le gamin gît sur le sol. Son cartable d’écolier est ouvert et ses cahiers sont éparpillés sur la chaussée.
Quand nous arrivons, quelques badauds au visage blême se tiennent autour de lui, sans oser l’approcher.

Son petit corps est disloqué et sa bouche dessine un rictus. Celui de la douleur. Le petit veut bouger, se lever, mais aucun de ses membres ne répond. Il ne peut même pas pleurer et pourtant il en a envie. Le silence est glacial et ce petit bonhomme silencieux, étendu sur le côté, qui ne pleure même pas…

Je tiens sa petite tête en lui chuchotant dans l’oreille des mots d’encouragement. Il en a du courage le petit, il a mal, très mal. Si seulement il pouvait se plaindre.

Seuls ses yeux me parlent. Nos regards ne se lâchent pas et je sens qu’il se raccroche au mien de toutes ses forces.

Puis les ambulanciers arrivent sirènes hurlantes. Le médecin fait l’examen du petit corps. Les traits de son visage se crispent. Son inquiétude est perceptible et en dit long sur l’état du petit.

Les minutes passent comme une éternité avant que le gamin prenne place dans l’ambulance. Les souffrances atténuées par la morphine du médecin, son corps est installé sur une civière à matelas gonflant. Ses yeux se ferment.

… Avec mon collègue policier, nous devons procéder au constat. Connaître les raisons. L’automobiliste touché par ce drame est livide. Il ne comprend pas comment cela a pu se passer. Il ne roulait pas vite, à 60 km/h maximum. C’est vrai que le tronçon de route est limité à 50 km/h, mais la route est large et la visibilité excellente, alors…

Il ne comprend pas. Il était attentif, il ne téléphonait pas, il regardait sa route, il était heureux.

Soudain, un petit gamin surgit de nul part s’est élancé devant lui. Il a freiné de toutes ses forces mais sa maudite voiture équipée d’ABS ne s’arrêtait pas. Impuissant, il voyait l’enfant se rapprocher de son capot. Il a bien donné un coup de volant pour l’éviter, mais…

Il a entendu un bruit sourd et sinistre qu’il n’oubliera jamais. Il a vu le petit s’envoler par dessus sa voiture et retomber lourdement.

C’est horrible. Il ne comprend pas. Il ne roulait pas vite. Il conduit depuis vingt ans sans accident et il n’a rien pu faire. Pourquoi est-ce arrivé à lui, pourquoi ?

Autant de questions sans réponse.

Le lendemain on pouvait lire dans le journal, Le petit écolier percuté par une voiture sur le chemin de l’école hier après-midi, n’a pas survécu à ces blessures. Il est décédé quelques heures après son admission à l’Hôpital.

L’automobiliste que nous n’accablerons pas n’était pourtant pas un chauffard. Mais il s’en voudra toute sa vie d’avoir roulé à 60 km/h au lieu de 50 km/h.

Il a tué un petit bonhomme, anéanti une famille, des amis et des copains et lui...
il devra vivre avec ça.

Christian Lovis - webmaster Allopolice.net





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