Toi mon fils

 

 

 

Le déroulement du procès 

 

 

Article LEMATIN.CH - Evelyne Emeri - 13 septembre 2006

 

«Ce fanfaron a voulu épater les mômes»

NYON (VD) L'accusation estime que le chauffard qui a causé la mort de son neveu est un meurtrier. Le procureur général tient à faire un exemple de cette affaire.

 

«Pourquoi avoir trafiqué votre véhicule?», lance le président du Tribunal de Nyon, Pierre Bruttin, à Alfonso*. «Ça m'intriguait, je voulais savoir quel effet ça faisait, si c'était comme dans la pub», réplique ce Philippin de 35 ans, assigné pour avoir fait perdre la vie à son neveu au soir du 18 décembre 2004, lors d'une terrible embardée en rase campagne entre Eysins et Crans-près-Céligny. «Pourquoi n'avoir enclenché que les feux de croisement sur une route vicinale. Votre neveu était-il attaché? Et votre fils de 6 ans à l'arrière? Pourquoi rouliez-vous si vite? Entre 120 et 140 km/h...» Le président Bruttin bombarde l'accusé. Qui répond à demi-mots. Sans grand repentir. Sans grande prise de conscience de «sa conduite sportive».

«C'est un chic type», affirment ses employeurs. «C'est un danger public», contrecarre la Cour. «Il conduit très bien», prétend la maman de Romain*, citée à témoin, «Jamais Romain ne m'a dit qu'il avait peur d'aller en voiture avec mon frère.» Alfonso dit ne pas avoir regardé son compteur. Il ne s'est pas rendu compte. Il ne se souvient pas que, pour conduire sa Subaru Impreza Turbo de 240 chevaux, «tunée» dans le garage qui l'emploie, il mettait des gants et des chaussures spéciales. «Ça faisait rire Romain. Il trouvait ça ridicule», raconte l'amie du papa de la jeune victime.

Le procureur général du canton de Vaud n'a trouvé à l'accusé aucune circonstance atténuante: «Ce fanfaron de la route a voulu épater les mômes. Il nous faut franchir le pas. Sa faute est imputable sous l'angle de l'intention et non de la négligence.» Pas ou plus question pour l'accusation de se contenter, en pareille affaire, de l'homicide par négligence (3 ans de réclusion maximum), il s'agit bien d'un meurtre (5 ans minimum) par dol éventuel. «Alfonso était conscient des risques, il s'en est accommodé», persiste le procureur. Qui requiert 6 ans ferme.

Pour Me Jacques Barillon, avocat du père de Romain, «cette mort était évitable. L'attribuer au destin est indécent.» L'avocat soutient le meurtre par dol éventuel, retenu par le Ministère public hier et le juge d'instruction déjà. Il attend une sanction exemplaire. Du côté de la défense, Me Rémi Bonnard a rappelé qu'il y avait un «petit survivant», le fils de son client, et plaidé en faveur d'une peine «sage et mesurée», aménageable avec sa vie de famille. Jugement aujourd'hui.

* Prénoms d'emprunt

 


 

 

Article LEMATIN.CH - Evelyne Emeri - 14 septembre 2006

 

«Alfonso est un meurtrier»

DRAME DE LA ROUTE - La Cour condamne le chauffard à 4 ans. Le Tribunal de La Côte a suivi le procureur en retenant le meurtre et non l'homicide par négligence à l'encontre du conducteur responsable de la mort de son neveu Romain*. Un verdict qui pourrait faire école.

 

La première fois qu'un fou du volant a été reconnu coupable de meurtre dans le canton de Vaud remonte à 1986, quasi une «première» suisse. Un industriel yverdonnois avait pulvérisé une voiture et tué ses deux occupants. Il circulait à 240 km/h sur l'autoroute Lausanne-Yverdon. Si la Suisse alémanique est plus encline à le faire, le Tribunal de Moutier a dernièrement procédé de même dans le cas d'un chauffard sous l'emprise de l'alcool et de la drogue. L'affaire, jugée à Nyon, est ainsi d'une exemplarité extrême. Et pourrait ouvrir la voie à une répression plus accrue en Romandie. Dès le départ, l'accident de Crans-près-Céligny a suscité l'unanimité auprès des instances judiciaires: le prévenu devait répondre de meurtre et non d'homicide par négligence.

Hier après-midi, la Cour a reconnu, elle aussi, qu'il y a eu «intention» de tuer de la part d'Alfonso*. Ce dernier avait emmené, à bord de sa Subaru Impreza «tunée» illicitement, son neveu de 13 ans et son fils de 6 ans sans les attacher, et s'était élancé à près de 140 km/h sur une route vicinale en décembre 2004. Le tribunal a toutefois diminué la peine requise par le Ministère public de 6 à 4 ans. Il estime que l'accusé est atteint par les conséquences de son acte et applique ainsi le fameux article 66 bis qui permet d'aller en deçà du seuil minimum de 5 ans en cas de meurtre.

Procureur dubitatif
Les mots du président Pierre Bruttin ont été sans concession à l'égard du Philippin de 35 ans: «Immature», «attitude criminelle», «passion idiote», «désir quasi pathologique de conduire vite», «mentalité imbécile», «violation crasse des devoirs de prudence», «sécurité des enfants reléguées», «meurtrier». Pour le tribunal, le chauffard s'est bel et bien accommodé des risques de sa conduite sportive, même s'il n'a pas souhaité l'issue fatale. Raison pour laquelle le meurtre par dol éventuel doit être retenu.

Le procureur Eric Cottier s'est dit satisfait: «Le message essentiel est passé». Il est en revanche supris de la décision des juges d'abaisser la sanction sous prétexte que la victime est un proche. «Il y a là une contradiction que je vais m'empresser d'étudier.» Du côté de la défense, Me Rémi Bonnard, avocat d'Alfonso, a refusé catégoriquement de commenter le jugement à l'issue de l'audience.

* Prénoms d'emprunt

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